Bouvy / Gillis
SENTIR TA TÊTE EXPLOSER (sentir ta boîte crânienne sur le point d'éclater en morceaux)
sentir ta moelle épinière te remonter au cerveau à force d'être comprimée
sentir ton cerveau comme un fruit sec
se sentir sans cesse et inconsciemment et comme électriquement TELEGUIDEE
sentir qu'on te VOLE tes associations d'idées
sentir ton âme pisser de ton corps, comme si tu n'arrivais plus à fixer l'eau
Pour parler de façon simplement audible, il te faut faire un effort, IL TE FAUT PRESQUE HURLER,
comme pour parler très fort.
Te sentir devenir muette
Impossible de te rappeler le sens des mots, sinon très vaguement les sifflantes
-s, ss, tz, sch-,
supplice intolérable
REALITE DE CELLULOÏD
Maux de tête
Flashes
Ne plus maîtriser la construction des phrases, la grammaire, la syntaxe.
Si tu écris - au bout de deux lignes, impossible de te rappeler le début de la première
Sentir que tu te consumes au-dedans
Sentir que dire ce qu'il en est, ce serait exactement comme jeter de l'eau bouillante
à la gueule des autres et les EBOUILLANTER, les DEFIGURER à vie
UNE AGRESSIVITE FOLLE, sans exutoire. C'est le pire.
ETRE PERSUADEE QUE TU N'AS PAS LA MOINDRE CHANCE DE T'EN TIRER :
et impossible de faire entendre ça.
Sentir le temps et l'espace irrémédiablement imbriqués l'un dans l'autre et te sentir vasciller,
piégée dans un labyrinthe de glaces déformantes
Et après : la terrible euphorie d'entendre quelque chose - qui différencie le jour de la nuit acoustique
Sentir que maintenant le temps repart, le cerveau se dilate,
la moelle épinière se remet en place pour des semaines
Et te sentir comme dépiautée
Bourdonnements d'oreilles, et AU REVEIL TE SENTIR ROUEE DE COUPS
Et bouger au ralenti
Te sentir comme enfermée dans une cuve de PLOMB, et sous vide.
Et après : choc, comme si une PLAQUE DE FER te tombait sur la TÊTE.
Comparaisons, concepts qui te viennent à l'esprit :
Aux prises avec un FAUVE PSYCHIQUE. Tambourinage impitoyable, comme dans une fusée
en pleine accélération, où les types sont écrasés sous la vitesse.
La colonie pénitentiaire de Kafka - le type sur une planche à clous - et LE GRAND HUIT sans arrêt.
Quant à la radio : ça permet un minimum de détente, comme un coup de freins,
ON CHUTE DE 240 A 190



